I’m beat...

... à une inconnue

Textes

Elle et moi,

J'étais assis tranquille,
à la terrasse d'un bar,
j'y observais les miroirs et les mondes des reflets qui s'agitaient sans cesse,
puis je t'ai vue en noir,
les cheveux en chignon,
parqués dans nos déjantes,
dans un deuil d'illusion,
mon horizon bouché,
comme ce soleil éteint,
qui baignait cette scène de son absence féroce,
tandis que la douleur de nos métamorphoses s'immisçait dans ma tête,
s'écoulait dans mes veines,
ce goutte à goutte cruel,
qui me disait tu l'aimes ?
et puis tu es passée.

1998 SG.

De l'air,

Critiques mon cynisme,
détruis mon ironie,
arraches ma peau a vif,
et aères mon coeur,
ce peace-maker débile,
qui s'emballe pour un rien,
ce pendule malsain,
qu'aucun fil ne retient,
et qui me fait aimer,
malgré tout,
ces petits riens,
qui me venaient de toi,
qui ne résoudrons rien.

1998 SG

Les muses comme les vampires,

Belle comme un soleil éteint,
entre mille feux, des airs de riens,
elle danse dans mes yeux,
la sarabande du diable,
heureuses véhémences,
entrechoquée des vagues,
des ouragans lointains,
et la promesse fatale,
de rester un vampire,
qui attend le matin,
pour y planter ses crocs,
et hurler à la vie,
comme on choisit sa mort,
derrière une muse absente,
au fond d'un corridor.

Pour mon père,
1998 SG.

Comment tuer le temps ?
Il faut aller à contre-temps (reggae).

1998 SG.

Pensées délicates pour mes compatriotes,

L'homme civilisé crée des bombes, invente le génocide, les armes chimiques et toutes les autres merdes qui bousillent l'humanité; le sauvage, quand à lui, est excusable, car son peu d'intelligence est au service de ses instincts les plus bas. Il ne prétend pas, ne convoite pas, ne ruse pas. Où est la différence entre une peuplade qui en bousille une autre sous un prétexte idiot et plusieurs dizaines de nations qui assistent dans une impuissance volontaire à la famine de tout un peuple, aux exactions des extrémistes de tous poils (sauf mon chien) sans intervenir d'une quelconque manière que ce soit ? Civilisation, ou-ça ? Nations de pourris en tout genre oui.

1998 SG.

Mariage Etc,

Il devait être un peu moins de midi lorsque la porte qui empêchait l'accès a la documentation s'ouvrit à la volée - mûe par la force destructrice qui motivait sa visite. J'étais alors assis derrière mon bureau, concentré sur une basse besogne tandis qu'une autre partie de moi même rêvait déjà à la liberté qu'elle recouvrirait lorsque Chronos chanterait 17 H 30. J'étais seul, perdu entre deux lignes malaisément griffonnées sur un moniteur informatique lorsque son souffle chaud se posa sur ma nuque. J'étais seul lorsqu'elle m'ordonna de la suivre, comme à son habitude. J'étais seul avec ma peur rivée au ventre lorsque nous franchîmes la porte de la réserve et que nous ouvrions la trappe qui menait vers son antre. Savoir, expliquer, donner une raison logique à mon acceptation passive de ses directives m'était impossible et même à l'heure ou j'écris ses lignes, j'éprouve encore un terrible malaise à me remémorer le mobile de nos actes. Nous tuions sans raison, par pur folie, sans doute par pur plaisir. Ce jour la, le jour dont je parle, le dernier d'après elle, sa victime se révéla sous les traits d'une jeune fille à peine âgée de dix ans. Et comme à l'accoutumée, elle se révéla à nouveau dans toute sa monstrueuse simplicité, son indéniable amour du mal et de la perversion. Je passerais sous silence les différentes étapes de ce sacrifice tout en me demandant encore pourquoi elle m'avoua peu de temps après notre mariage qu'elle était la digne fille du diable et que de ce fait il me serait sans doute impossible de divorcer.

1998 SG.

En la noce,

Noces de sang,
Hurlements déchirants de deux êtres perdus dans la tourmente de leurs sentiments naissants,
dans la brume et l'écume,
ils leur faudra des jours,
ils leur faudra des lunes,
des nébuleuses caniculaires et des chiens fous trop solitaires,
clos dans un univers clos,
à l'horizon de leurs chimères.

1998 SG.

Histoire d'amour,

- J'ai mal, tu sais, dit-elle lentement.
- J'aurais été débile de ne pas m'en apercevoir, lui répondis-je sur le même ton monocorde.
- Ca ira mieux dans quelques temps, dit-elle comme pour se rassurer.

Je la serrais dans mes bras et posais mon regard sur l'immense globe lumineux qui surplombait la longue bande de sable s'étirant vers l'infini. Je savais que nous ne pourrions pas échapper à ce qui nous poursuivait depuis si longtemps et que prendre la fuite, à nouveau, serait inutile. Peut être retarderions nous l'échéance mais tôt ou tard il nous faudrait nous rendre à l'évidence. Nous étions désormais seul au monde. Même si les autres étaient visibles, nous ne les distinguions plus. Seul comptait, nous effrayant, ce sentiment naissant dans les dernières lueurs du jour, celui de l'amour qui s'éteint, du filament qui casse, d'un profond besoin de changement, mourir pour mieux renaître. Le soleil continuait sa course folle, disparaissant de nos vies. Je l'embrassais une dernière fois du regard.

1998 SG.

Canine et incisives,

- Il perd son sang.
- Il l'aime.
- Qui ca ?
- Son sang.
- Pourquoi dites vous ca ?
- Ne voyez vous pas comme il l'observe
- Il faut faire quelque chose.
- Vous savez les histoires de vampire les concernent seuls, lui dis-je en regardant la base de son cou, me délectant silencieusement de la légère palpitation qui agitait sa veine jugulaire. Pas de chance, pensais-je.

- Vous me suivez ? lui dis-je.

1998 SG.

Histoire drôle,

L'homme et la femme étaient assis, silencieux, au fond du bar. Seuls leurs regards parlaient, se disant des choses qui les concernaient tout deux. Peut-être s'aimaient-ils ? Allez savoir, allez comprendre ce genre de choses. A un moment, ce grand type s'est levé, à sorti un flingue de sa poche puis a pressé la détente avant que quiconque puisse intervenir. La détonation a détruit les tympans de la moitié des spectateurs alcoolisés. Le type est resté la, s'est allumé une clope qu'il a enfoncé dans sa bouche puis a reposé le flingue sur la table en criant:

- Moi non plus.

La sirène des flics a fendu le silence qui alourdissait le climat de la scène, puis les bleus sont entrés à quatre, la main sur leurs pétards, les yeux emplis de la peur de se prendre une bastos dans la tête. A voir la couperose qui lézardait les replis de leurs visages, leurs degrés d'alcool dans le sang auraient sans doute eu raison de plusieurs éthylotests. Ils se sont approchés prudemment du type dont la cendre de cigarette pendait incandescente au bout du filtre. L'un des pingouins s'est approché de lui et lui a demandé:

- Mais pourquoi avez-vous fait ca ?

Le grand type l'a dévisagé un instant à la manière de quelqu'un qui croise l'être le plus stupide que l'existence lui ait jamais donné à croiser, puis lui a répondu:

- Elle m'a demandé si je l'aimais.

Il est entré à l'arrière de la voiture sans faire de vague, l'air un peu hagard. J'ai regardé ma tasse de café vide, pendant que les autres bleus établissaient leur rapport, puis je me suis levé de la chaise haute et ai pris le chemin de mon domicile. Une journée comme une autre journée étrange dans un univers étrange, peuplé de gens étranges.

1998 SG.

L'indifférence,
C'est ce qui se passe dans tes yeux,
lorsque tu les croises, derrière tes belles palabres,
le cul rivé sur ta moto,
assis derrière ton petit volant,
au jour le jour conard,
voici comment ils vivent,
et pour eux,
hier n'est plus qu'un souvenir,
demain autre chose qu'ils ne peuvent pas prévoir,
reste tranquillement assis,
le cul derrière ton comptoir,
à refaire le monde sans jamais vraiment le voir.

1998 SG.

Serpentaire,

L'anaconda de nos désirs,
s'est enroulé sans nous prévenir,
et ses anneaux se sont noués,
autour de nous,
comme je te hais

1998 SG.